Samedi 15 février 2003
Au carnaval de Québec, le froid se
manifeste
[attention il y a eu un jeu de mot très
subtil]
< VENDREDI 14 | SAMEDI 15 | DIMANCHE 16 >
Je savais déjà que ce samedi allait être une journée bien remplie... En effet, nous avions prévu d'aller à Québec, pour assister au dernier jour du carnaval. La sortie était organisée par une association d'élèves de l'Ecole Polytechnique ayant pour vocation d'accueillir les élèves étrangers. Le trajet se ferait en bus, pour une durée de trois heures.
Nous avons du nous lever très tôt, pour être à 7 heures au point de rendez-vous, à savoir le hall de l'Ecole Polytechnique. Heureusement, le décalage horaire était en ma faveur, puisque pour moi je me levai vers midi ! Après m'être couché à environ 6 h heure française, certes...
Une fois dehors, j'ai redécouvert le froid canadien, dont j'avais déjà eu un aperçu la veille en faisant des courses avec Guillaume pas loin de chez lui. Pour parler du froid, commençons par préciser une spécialité québecoise dans les bulletins météorologiques. Il y a en effet deux températures : la "vraie", et la température "ressentie", c'est-à-dire tenant compte de l'effet de rafraîchissement dû au vent (le "facteur éolien"). Par vent un peu fort, la température ressentie peut être 10°C sous la température réelle. Ce matin-là, la température réelle devait être dans les -25°C, et il y avait un peu de vent...
La première sensation, quand on arrive dans un froid pareil, c'est le manque de souffle. L'air glacial s'infiltre très vite dans la gorge, les poumons... Mais ça on s'y fait très vite. Sur les conseils de Guillaume, j'ai adopté une tenue très chaude ce jour-là : grosses chaussettes et chaussures après-skis, jean + pantalon de ski, tee-shirt + grosse chemise + sweat + gros pull à col roulé + blouson de ski, écharpe pour protéger le menton, la bouche et les joues, bonnet, gants. Avec ça, on n'a pas trop froid malgré les -30°C ressentis extérieurs. Sauf pour certains détails sur lesquels nous reviendrons.
Car froid ou pas froid, l'essentiel était de découvrir le Québec, vaille que vaille ! Après 15 minutes de marche dans les rues encore enneigées du quartier, nous nous sommes retrouvés à l'Ecole Polytechnique, où de nombreux étudiants venus des quatre coins du monde sont déjà là. Parmi eux, Cédric, et François, étudiant français lui aussi, qui a été binôme de Guillaume récemment. Les quelques Québecois qui allaient nous encadrer nous souhaitèrent la bienvenue, et nous distribuèrent un petit poly présentant le carnaval, avec notamment quelques chants typiques. Niveau lecture, j'avais auparavant pris le dernier numéro du Polyscope (sorte de Court-Circuit™ local).
| Une chanson typique apprise pour le carnaval : | Carnaval, Mardi
Gras, Carnaval ! A Québec, c'est tout un festival ; Carnaval, Mardi Gras, Carnaval, Chantons tous le joyeux Carnaval ! |
Avec un peu de retard, les bus arrivèrent enfin... Il s'agit des fameux "bus jaunes", les vieux bus scolaires qui amènent les enfants à l'école, comme dans les Simpson ! Dépaysement assuré.
Une
fois calés dans les sièges peu confortables, c'est parti. J'ai ainsi commencé
à découvrir la
voirie montréalaise, les panneaux de circulation atypiques... On notera, par
exemple, le panneau Stop renommé "Arrêt", en français s'il vous
plaît, car le gouvernement québécois est encore plus "francophonophile"
que le nôtre. A travers les vitres gelées, en grattant un peu la glace on pouvait voir le
paysage ; avec notamment le passage au-dessus du Saint-Laurent : des blocs de
glace surnagent, et des volutes de brume d'un ou deux mètres d'épaisseur
seulement donnaient à l'ensemble une physionomie déconcertante.
Puis ce fut le premier échangeur, avec des panneaux "USA - 50 km" qui rappellent que l'on est vraiment loin de la "vieille Europe" ; et l'autoroute, rectiligne. Pendant des kilomètres et des kilomètres, pas un virage. Il y a tellement de place dans ce pays, pourquoi les colons auraient-ils eu la fantaisie de tracer des voies courbes ?
Vers 11 heures, nous sommes enfin arrivés à Québec, devant le Parlement de la province du même nom. Les consignes étaient claires : nous avions maintenant quartier libre, mais devions être au même endroit à 23 heures ; sinon tant pis, les bus partiraient quand même, et à nous de nous débrouiller pour survivre pendant la nuit !
Une fois sortis, l'envie de marcher sur l'épaisse couche de neige qui recouvre le parc du Parlement fut trop grande ! Il faisait vraiment froid, mais c'est tellement rigolo finalement ! La neige, omniprésente à cette saison, fait vraiment partie du décor citadin. Nous avions toute la journée pour découvrir la ville, et le carnaval. Nous avons commencé la visite par l'étonnante exposition de sculptures de glace. A -25°C, pas de risque que ça fonde !
Mais Québec ne se résume pas à son carnaval. N'oublions pas que cette ville est réputée comme étant la plus "européenne" du Canada, voire de l'Amérique. En effet, pas d'amas de buildings au centre-ville, mais de vieilles maisons typiques. Avec juste un peu d'imagination, on se croirait en France... Il est normal que cette ville ait été la capitale de la "Nouvelle France" au 17ème siècle !
C'est donc parti pour une balade dans les rues de la vieille ville. Allez, des images !
Peut-être est-il temps de vous reparler du
froid, et de ses conséquences physiologiques inattendues...
Premier inconvénient : à -30°C, les mains ont tendance à geler malgré
les gants. Il faut donc (conseil de Guillaume, un binôme averti en vaut deux!)
les maintenir serrées dans les poches, et attendre que ça se réchauffe.
Pareil pour les pieds, la solution étant alors de marcher en attendant que ça
dégèle. A part ça, c'est le visage qui prend le plus. D'où la nécessité de
couvrir menton, bouche, joues avec une écharpe. Mais à cette température,
l'haleine se condense sur l'écharpe, donc ça mouille... puis ça gèle.
Désagréable ! De même, en respirant, l'haleine fait de la buée sur les
verres de lunettes glacés. De plus, les poils du nez ont tendance à geler eux
aussi, sans parler de la barbe du Viking... Enfin, l'air était très sec, ce
qui fatigue et oblige à boire beaucoup, comme dans un avion de ligne.
Après beaucoup d'hésitation, nous avons choisi de dîner dans un restaurant se vantant d'avoir la meilleure côte de bœuf de la région. Le résultat fut pourtant décevant, pour les gastronomes français que nous sommes... Une fois sortis du restaurant (c'est-à-dire assez tard...), nous avons décidé de retourner du côté du Saint-Laurent pour prendre le bac qui mène de l'autre côté, à la ville de Levis.
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Sur le quai enneigé, le long du Saint-Laurent
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Le château Frontenac domine la ville |
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François, Cédric, Guillaume sur le bateau qui arbore fièrement le drapeau canadien |
Le bateau parvient à
naviguer malgré les blocs de glace surnageant sur le Saint-Laurent
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Cédric contemple les glaces du Saint-Laurent, tandis que nous croisons un autre bateau |
Après une demie-heure à Levis pour constater qu'il n'y a rien à y voir, le voyage retour s'effectue de nuit ; avec une belle vue sur la haute-ville illuminée |
La traversée du Saint-Laurent fut donc très impressionnante... Avec la tombée de la nuit, la température baissait encore plus, mais cela n'a pas empêché les plus valeureux d'aller sur le pont pour contempler le fleuve à moitié glacé.
Une fois de retour à Québec, nous nous sommes tranquillement dirigés vers le quartier du Parlement. C'est en effet là que devait passer le fameux défilé final du carnaval. L'air était réellement glacial, et pour nous occuper nous sommes retournés dans le château de glace, illuminé.
Le défilé commença enfin, et dura longtemps... trop longtemps, tant il était difficile de rester debout immobile, dans le froid intense. Les chars se succédèrent, avec leurs cortèges de danseurs, et surtout d'enfants répétant leur chorégraphie avec plus ou moins d'habileté, mais toujours avec conviction et gaieté. La plupart des chars étaient sponsorisés par des entreprises locales très diverses, de Hydroquébec (EDF local) à des fabriques de biscuits !

Après une petite heure de défilé, c'est frigorifiés que nous nous sommes mis à la quête d'un bar pour se réchauffer... Et bien croyez moi, c'est bien dans ce genre de situations qu'on déplore le manque de bars dans une ville ! Finalement nous avons enfin trouvé notre bonheur, et avons passé le reste de la soirée bien au chaud.
A 23 heures, tout le monde était au rendez-vous pour le retour en car. Seul petit souci : le chauffage du car ne marchait pas trop, et le froid m'a même réveillé de mon demi-sommeil. Inutile de vous dire que nous étions bien contents de retrouver notre lit pour une bonne nuit, le lendemain matin étant évidemment consacré à une grasse matinée salvatrice.